Comment bien éclairer un fond vert

Comment bien éclairer un fond vert

Un fond vert, ça plante souvent avant même que la post-production n'ouvre le projet. Si le fond est trop clair dans un coin, froissé dans un autre, et que ton sujet projette une ombre bien nette pile au milieu, aucun logiciel de keying ne pourra sauver la mise. Pour bien éclairer un fond vert, l'important n'est pas tant d'acheter du matos « magique » que de maîtriser l'exposition, l'angle, la distance et la diffusion de la lumière, pour que les images sortent du plateau déjà sur la bonne voie.

Pour les équipes de tournage, c'est important parce qu'un mauvais travail de chroma coûte deux fois plus cher. D'abord sur le plateau, quand tout le monde se met à courir après un problème avec des projecteurs supplémentaires et des drapeaux. Puis à nouveau en post-production, où un fond vert irrégulier se traduit par du roto, des bords saccadés, du nettoyage du bruit, et un client qui demande pourquoi les cheveux ont l'air radioactifs.

Comment éclairer un fond vert sans se prendre la tête en post-production

Le principe de base, c'est simple. Éclaire l'arrière-plan de manière homogène, éclaire le sujet séparément, et garde une distance suffisante entre les deux pour que le vert ne se refléte pas sur la peau, les vêtements ou les contours. Le plus dur, c'est de réussir à harmoniser ces deux éléments.

Une erreur courante, c'est de considérer l'écran vert comme un simple fond et le sujet comme faisant partie du même dispositif d'éclairage. Ça entraîne souvent des reflets, des ombres et des problèmes d'exposition. L'écran et le sujet doivent avoir leur propre éclairage, même dans une petite pièce.

Si tu dois retenir une seule règle, que ce soit celle-ci : règle l'exposition pour obtenir un rendu homogène, pas pour maximiser la luminosité. L'écran vert n'a pas besoin d'être éclatant. Il doit être uniforme.

Commence par l'écran, pas par les acteurs

Avant d'éclairer ton sujet, veille à ce que l'écran vert soit aussi plat et uniforme que possible. Ça veut dire qu'il doit d'abord être physiquement plat. Les plis, les ondulations et les froissements créent de petits écarts d'exposition qui apparaissent tout de suite quand tu fais l'incrustation.

Une fois que le tissu est tendu ou lissé, place tes projecteurs de manière à ce qu’ils éclairent la surface en croisé plutôt que de l’éclairer de face depuis un point central. Deux sources de lumière douce placées de chaque côté constituent un point de départ classique. Pour les installations plus grandes, quatre projecteurs te permettent de mieux contrôler l’éclairage en largeur et en hauteur.

Une lumière douce, c'est mieux, car elle se répartit plus uniformément et réduit les zones de forte luminosité. Les panneaux LED, les boîtes à lumière, les luminaires de type Kino ou les unités COB bien diffusées, ça marche tous, à condition qu'ils soient assez grands pour la taille de l'écran. Les sources de lumière dure peuvent aussi faire l'affaire, mais tu passeras plus de temps à les ajuster et à les équilibrer.

Essaie d'obtenir une exposition homogène sur tout l'écran, avec un écart d'environ un demi-diaphragme, voire moins si tu y arrives. Un oscilloscope te facilite la tâche. Si tu te fies à ce que tu vois à l'œil nu sur un écran, tu ne fais que deviner, et les écrans verts ne pardonnent pas les approximations.

Pour la plupart des workflows de cinéma numérique et d'appareils photo sans miroir, l'écran se situe souvent entre 40 et 50 IRE, mais ce n'est pas une règle absolue. Les différents tissus, peintures, appareils photo et profils log font varier cette valeur. Le vrai but, c'est d'avoir un canal vert net et homogène, suffisamment distinct du sujet.

Fais gaffe aux zones de forte luminosité et aux baisses de luminosité

Les « hotspots » sont généralement dus à des projecteurs orientés trop directement vers le centre de l'écran ou à des sources lumineuses trop proches. Une perte d'intensité apparaît quand les lumières n'ont pas un angle de diffusion suffisant par rapport à la taille de l'écran. Si le centre est plus clair que les bords, éloigne les projecteurs, atténue leur intensité ou ajoute d'autres projecteurs, au lieu de pousser deux projecteurs à fond en espérant que ça passe.

Dans les studios plus exigus, la réflexion sur le plafond ou la diffusion latérale provenant des murs blancs peuvent aussi créer des zones d'éclairage inégales. C'est là que le « negative fill », les couleurs unies ou simplement le fait d'être un peu moins optimiste quant à ta pièce peuvent t'aider.

Éclaire le sujet séparément

Une fois que l'écran est uniforme, mets en place l'éclairage du sujet comme si le fond vert n'existait pas. Les principes de base concernant la lumière principale, la lumière d'appoint, la lumière de contour et l'arrière-plan s'appliquent toujours. La différence, c'est que tu dois désormais protéger le sujet de la lumière parasite tout en évitant les ombres sur l'écran.

Ici, la distance, c'est ton allié. Si tu arrives à placer le sujet à une distance de 6 à 10 pieds du fond, ça te facilitera grandement la tâche. Dans les pièces plus petites, même 4 pieds peuvent faire la différence, mais plus le sujet se rapproche, plus la lumière de l'écran commence rapidement à se refléter sur les épaules, les cheveux et le côté ombragé du visage.

Ton éclairage du sujet doit être pensé en fonction du montage final, pas de l'écran. Si l'arrière-plan prévu est un intérieur de bureau à l'ambiance sombre, éclairer l'acteur avec une lumière de beauté uniforme juste parce que ça facilite les choses sur le plateau donnera un résultat bizarre à l'écran. L'écran vert n'est pas une raison pour ignorer la logique de la scène.

Utilise le rétroéclairage avec précaution

Une lumière de contour ou une lumière de cheveux peut être utile, car elle aide à détacher le sujet de l'arrière-plan et à définir les contours pour la lumière principale. Elle peut aussi accentuer les reflets indésirables si elle est trop large ou si elle fait ressortir une teinte verte sur les épaules et la racine des cheveux. Régle-la avec soin. Mieux vaut une lumière de contour nette qu'une lumière de contour plus vive.

Si le sujet a les cheveux fins, porte un vêtement translucide ou porte des lunettes, prends une minute pour faire un essai. C'est sur ces détails que se joue la réussite d'une installation de fond vert bien faite… ou qu'elle se transforme en l'e-mail le plus redouté par le responsable de la post-production.

Maîtrise les déversements avant qu'ils ne se produisent

C'est le « green spill » qui donne à la peau un aspect maladif et qui fait prendre à tes fringues une étrange teinte fluo. Une fois que c'est trop présent dans la prise de vue, le corriger en post-production, ça va de « chiant » à « moche ».

Le mieux, c'est de prévenir. Limite la diffusion de la lumière de l'écran, fais en sorte qu'elle n'éclaire pas le sujet et évite de surexposer l'arrière-plan. Si le sujet est près de l'écran, utilise des grilles alvéolées, des grilles, des panneaux pleins ou des cutters pour que la lumière verte reste bien là où elle doit être.

Les vêtements et les accessoires ont aussi leur importance. Les surfaces réfléchissantes, les matières noires brillantes, les cheveux blonds et tout ce qui est semi-transparent ont tendance à faire ressortir plus vite les taches. Ça ne veut pas dire que ces choix sont impossibles. Ça veut juste dire qu’il faut faire preuve de plus de rigueur dans la mise en lumière.

Le choix des luminaires dépend de la taille

Il n'y a pas de solution unique pour éclairer un fond vert. La bonne réponse dépend de la taille du fond, de la hauteur sous plafond, de la puissance, de la distance de projection et du fait que l'installation doive être déplacée ou non.

Pour les petites configurations d’interview ou de création, des panneaux LED diffusants ou des luminaires compacts à diffusion peuvent éclairer efficacement un écran de taille modeste. Pour les travaux en studio de taille moyenne, on privilégie généralement un rendement plus élevé et un meilleur contrôle. Les LED COB utilisées avec des boîtes à lumière ou des cadres, les tubes lumineux disposés en rangées et les sources de type Kino sont courantes, car elles s’adaptent assez bien aux différentes tailles et sont faciles à modeler. Sur les grandes scènes, tu peux opter pour des sources diffuses plus imposantes, des grilles suspendues ou des configurations de type « cyc » plus étendues.

Le compromis est simple. Les sources plus grandes et plus douces permettent d'obtenir plus facilement un fond uniforme, mais elles prennent plus de place et nécessitent une installation plus réfléchie. Les projecteurs plus petits sont pratiques, mais il en faut souvent davantage et ça prend plus de temps pour peaufiner la diffusion de la lumière.

Si c'est un boulot ponctuel ou qui dépend de la taille de l'espace, la location peut être plus judicieuse que d'avoir tout un tas de projecteurs qui ne servent que pour les journées de chromatique. C'est particulièrement vrai quand tu as besoin d'assez de projecteurs assortis pour éclairer uniformément un grand écran.

Les réglages de l'appareil photo, ça compte toujours

Même un écran bien éclairé peut donner un résultat raté si la prise de vue est bruyante, compressée ou sous-exposée. Le chroma key aime les données propres. Donne-lui ce qu’il faut.

Utilise le codec et la profondeur de bits de la meilleure qualité que ton flux de travail te permet. Expose bien le sujet sans écraser les détails dans les ombres. Garde une sensibilité ISO raisonnable. Si ton image est bruyante, le canal vert le devient aussi, et ton incrustation commence alors à perdre en précision sur les contours.

L'angle d'ouverture ou la vitesse d'obturation peuvent aussi avoir leur importance. Un flou de mouvement trop important rend les contours plus difficiles à distinguer, surtout pour les mains, les cheveux ou les mouvements rapides. Ça ne veut pas dire que tu dois tout éclairer comme pour une retransmission sportive. Ça veut dire que c'est l'action que tu veux mettre en avant qui doit guider ton installation.

La balance des blancs, ça demande de la cohérence, pas des approximations. Si l'éclairage de l'écran et celui du sujet varient entre différentes températures de couleur, tu ajoutes une variable de plus à un processus déjà assez technique.

Problèmes courants sur le plateau

Si l'image est tachetée, c'est souvent que l'écran est irrégulier ou sous-exposé. Si les contours du sujet présentent du bruit, vérifie l'exposition globale et la qualité du codec. Si les épaules ou les cheveux tirent vers le vert, augmente la distance entre le sujet et l'écran, réduis la luminosité de l'écran ou affine ton cadrage à l'aide de drapeaux et de grilles.

Si tu vois des ombres à l'écran, soit tu avances un peu le sujet, soit tu relèves et réorientes la lampe principale pour qu'elle n'éclaire pas vers l'arrière. Parfois, la solution est aussi simple que de déplacer le sujet d'un pied. Parfois, il faut simplement accepter que la pièce soit trop petite pour le plan que tu veux réaliser.

C'est le genre de truc que personne n'aime entendre, mais c'est vrai. Un tout petit bureau, un plan en pied et un grand fond vert, ça ne fait pas toujours bon ménage.

Une configuration de base pratique

Pour une configuration classique de « talking head », commence par deux projecteurs à lumière douce dirigés uniformément vers le fond vert depuis la gauche et la droite, puis place le sujet à 6 pieds de l'écran si l'espace le permet. Éclaire le sujet avec une lumière principale et une lumière d'appoint bien maîtrisées, puis ajoute une lumière de contour subtile si nécessaire pour le faire ressortir. Vérifie l'écran à l'aide d'un oscilloscope, pas seulement à l'œil nu, et repère toute lumière parasite qui atteindrait le sujet.

Cette configuration de base te permettra d'aller plus loin qu'un montage compliqué basé sur un mauvais espacement.

Les équipes qui font ça régulièrement savent que le vrai secret, c'est la reproductibilité. Indique les positions de tes éclairages, note les valeurs d'exposition et garde une trace de ce qui a bien marché avec des tailles d'écran et des dimensions de pièce spécifiques. La prochaine fois que tu utiliseras un fond vert, tu n'auras pas l'impression de repartir de zéro.

Quand tout est bien mis en place, le montage cesse d'être un travail de dépannage et devient ce qu'il devrait être : un composite soigné, basé sur des prises de vue solides. C'est ça, tout l'intérêt. Si tu rends le fond vert ennuyeux sur le plateau, tout ce qui vient après devient bien plus intéressant.

Retour au blog